la liberté selon Alexis Carrel

La fausse conception de la liberté, par le visionnaire Alexis Carrel

La société est gangrenée de multiples maux et il n'est nul besoin d'avoir ciré les bancs des facultés pour l'affirmer. Le côté „réac" est épousé par quelques-uns qui, d'un coup et bien récemment, vitupèrent contre un ensemble vermoulu. Parmi eux, Richard Millet, par exemple, fait figure de nouveau converti et mitraille l'ambulance. Qu'il soit permis de faire remarquer que d'autres avaient senti bien avant que le ver était dans le fruit: les sociologues Jean Baudrillard, Michel Clouscard et auparavant encore un docteur, Alexis Carrel qui reçut le prix Nobel de médecine il y a exactement un siècle. La lecture du livre Réflexions sur la conduite de la vie ne peut qu'interpeller par sa dimension prophétique, dans les années 1940. Le médecin-philosophe déplore la méconnaissance du concept de liberté et l'incitation à la paresse. Comme Jean Gautier, Carrel souhaitait mettre la science véritable au service de l'humanité sans tomber dans l'écueil du scientisme positiviste, adversaire déclaré de la spiritualité.

I)L'illusion démocratique de la liberté

Au milieu de ce vingtième siècle, les aspects pernicieux du système politique nommé „démocratie" en Europe et Outre-Atlantique étaient déjà perceptibles. La libération proclamée par l'accès au droit de vote laisse Carrel perplexe lui qui se demande, en tant que médecin, s'il est juste et bon de mettre sur le même plan un grave déséquilibré mental, cleptomane ou violeur et un génie philosophique ou scientifique, le prisme démocratique les voyant comme anodines unités, fût-ils „citoyens", Ce nivellement permettra-t-il de tendre au perfectionnement humain? Rien n'est moins sûr. L'ère industriel baptisé „démocratique" laisse des plages de temps libre et offre déjà à l'époque des loisirs futiles; Carrel écrit: „Chacun éprouve le désir de vivre suivant sa fantaisie. Ce désir est inné chez l'homme, mais, dans les nations démocratiques, il s'exacerbe étrangement, et a fini par acquérir une intensité vraiment morbide." Les soviétiques prétendaient régir l'existence collective, les libéraux créaient parallèlement une société de loisirs n'étant guère plus appuyée sur la connaissance de l'homme. Le docteur renvoie dos à dos les deux idéologies, revers selon lui de la même médaille: „le libéral est le frère aîné du bolchéviste." Carrel est sceptique quant à cet arrachement au monde ancien: „ces hommes( qui ont construit les cathédrales) faisaient partie d'une société où chacun avait sa place, d'où nul n'était exclu, où le plus humble comme le plus grand savait comment il devait se conduire, où il allait, ce que signifiait la vie, ce que signifiait la mort."

II) L'abandon de la discipline intérieure

Foncièrement, l'homo democraticus peut céder à ses caprices divers et variés davantage qu'il n'accède à une véritable autonomie. On ne peut pas ne pas songer au mois de mai 1968, acmé du „Moi Je" en lisant ces lignes prophétiques, précédant l'évènement d'un quart de siècle: „Après l'abandon des règles traditionnelles, nous n'avons pas su organiser notre vie individuelle d'après les concepts nouveaux. Nous avions la passion de la liberté. Nous nous sommes, pour la plupart, complu dans le désordre et l'aveuglement qui suivent nécessairement le rejet de toute contrainte."L'ascèse, terme déjà désuet selon l'auteur au moment où il rédigeait son ouvrage, a pu être incarné par les prêtres qui avaient opté au cours des siècles pour la discipline intérieure. L'homme religieux, assimilé au pédophile par le post-soixante-huitard hédoniste, touchait par cette rigueur à l'harmonie et, à l'écoute de son être, il se trompait moins que les positivistes matérialistes „car les sciences de la vie avaient un retard immense sur les sciences de la matière inanimée" écrit le prix Nobel 1912. L'homme démocratique ayant écouté davantage le positiviste à blouse blanche que le prêtre ascète „viola, sans s'en douter, toutes les lois de la vie. Alors se consomma notre divorce avec la réalité."

III)La démocratie de marché engendre paresse et ennui

Le „progrès scientifique" des positivistes avait permis l'avancée du confort. Ce progrès semblait induire une nécessaire régression car, à en croire l'auteur de L'homme cet inconnu, „la dureté des conditions de la vie est fonction indispensable à l'ascension de la personne humaine." Comment en effet espérer le maintien des valeurs aristocratiques par des individus emmitouflés dans leurs charentaises? „Une loi essentielle du développement des êtres vivants est celle de l'effort. Les muscles, les organes, l'intelligence, la volonté, toutes les parties de notre être ne se fortifient qu'en travaillant." L'atrophie morale et musculaire pouvait régner en maîtresse puisque „chacun fait ce qu'il veut" comme on dit. L'homme moderne devient paresseux et s'ennuie mais, dans son orgueil hypertrophié, se croit libre. Quelle serait la vraie liberté pour Alexis Carrel? „une humble soumission aux modes d'être immuables des choses" qui lui apparaît comme „le prix à payer."

IV La "liberté" médicamenteuse et alcoolique

Aujourd'hui, les prisons et les hôpitaux psychiatriques sont bondés mais le médecin-philosophe Carrel avait en son temps tiré la sonnette d'alarme en estimant déjà à 30 millions le nombre de désadaptés aux Etats-Unis. La prétendue liberté qui n'est en fait que caprices et paresse amène l'individu à la perte de contrôle de lui-même. L'auteur avait bien compris que tout se paye car tout s'enregistre en l'homme: „tout péché produit des désordres organiques, mentaux ou sociaux, désordres en général irréparables." Peut-on imaginer Platon ou Montaigne se divertir devant les jeux télévisés, déjà stupides selon Carrel à son époque? Il lui semblait pourtant déjà que de telles évidences n'étaient plus si communes et „à la vérité, l'alcoolisme, le tabagisme, les excès sexuels, la toxicomanie, le dérèglement de la pensée, la bassesse morale constituent des infractions dangereuses à la loi de la conservation." Il aurait pu ajouter les anti-dépresseurs et leur utilisation massive, par les Francais notamment, ce que déplorait Pradal dans son livre le marché de l'angoisse.

V)La mise au banc de Carrel, le règne de Freud

Certaines lignes d'Alexis Carrel, ayant réussi la première greffe du foie sur un humain, peuvent choquer nos consciences modelées par le libéralisme libertaire si prompt à dépister les traces de la „peste brune" prétendument endémique. Dans un ouvrage relevant du terrorisme intellectuel, intitulé L'Homme cet inconnu? Alexis Carrel, Jean-Marie Le Pen et les chambres à gaz,le darwinien Patrick Tort a calomnié le brillant scientifique. L'auteur de Réflexions sur la conduite de la vie a certes thématisé ce qu'il nomme „l'eugénisme volontaire" qui consiste dans la nécessité pour les personnes gravement malades ou désadaptées de ne pas engendrer d'enfant congénitalement atteints. Bien mal lui en a pris car logiquement les agents culturels de 68 préférèrent Freud qui prétendait lui que „toute contrainte mène à la névrose."C'est désormais un crime que de parler d'eugénisme qui ne signifie que „le fait de bien naître". Pourtant, l'avortement à grande échelle, que n'a pas connu Carrel, n'est-il pas une manière d'influer sur les naissances,c'est-à-dire de pratiquer l'eugénisme? Aussi, Carrel écrit: „l'eugénisme était pratiqué par les Grecs, de manière naturelle et inconsciente."Les libéraux-libertaires, soit donc les libéraux en matière économique et morale, si hostiles à la peine de mort par ailleurs ont réussi à étiqueter l'avortement comme „liberté". Nous y revenons: la mauvaise compréhension de la liberté est mère de tous les vices.

VI)Liberté et glandes endocrines: Carrel précurseur de Gautier

Pourquoi s'intéresser au docteur Carrel? Il n'est pas qu'un médecin réactionnaire qui servirait de caution scientifique aux contempteurs de monde actuel déliquescent. Il a mis le effet le doigt sur cette mécompréhension de la liberté mais, en docteur, s'est intéressé à son corrélât physiologique. Dans l'Homme cet inconnu, Alexis Carrel estimait que le système cérébro-spinal dirige la personnalité mais en parallèle, il remarquait la grande puissance puissance des endocrines, notamment celle venant de ce qu'il nomme „le testicule" soit donc ce que Jean Gautier développera en décrivant les influences physiologiques de la glande génitale „interne" d'un côté ou „interstitielle" et „externe" ou „reproductrice" de l'autre. Carrel écrit ainsi dans Réflexions sur les conduites de la vie: „l'exercice des valeurs chrétiennes est plus difficile quand les glandes endocrines sont déficientes." Dans la lignée du docteur Carrel, Jean Gautier explique le rôle fondamental de cette glande génitale interstitielle dont l'influence permet une attitude altruiste mais plus largement nous confère notre liberté authentique. Il en est particulièrement question dans le chapitre „Le libre-arbitre" de Dernières et nouvelles connaissances sur l'homme de J.Gautier.Sans cet équilibre glandulaire, l'exercice de la liberté authentique n'est plus possible et l'individu déséquilibré rejoint les rangs grossissants des malades mentaux. En termes plus philosophiques, on peut affirmer que les glandes endocrines sont „conditions de possibilité „ de la véritable liberté.

Conclusion

Alexis Carrel est à relier à une tradition que les libéraux d'un côté et les „antifascistes" de l'autre s'acharnent à faire taire: Carrel comme Simone Weil par exemple associe critique du capitalisme financier dévastateur et valorisation des traditions. Sur un plan plus spécifiquement médical, il a su comprendre le corps humain sans tomber dans le psychologisme intégral à la Freud ni dans le physiologisme total réduisant l'homme à une machine. Carrel, au même titre que Semmelweiss qui a thématisé le premier l'hygiène et que le docteur Jean Gautier ayant prouvé la primauté fonctionnelle du système endocrinien, est un génie que certains semblent avoir intérêt à occulter.