Glande thyroïde: des maladies méconnues

 

Les gens ne sont pas au courant à quel point ça peut jouer sur tout, même sur le niveau d'énergie. Sans savoir pourquoi, il y a des personnes qui vont prendre du poids. D'autres vont en perdre. Elles vont être fatiguées, déprimées, dans un état dépressif. D'autres seront plus irritables en raison d'un mauvais fonctionnement de leur glande thyroïde», a expliqué le Dr John Weisnagel, endocrinologue à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, au cours d'une entrevue au Soleil.

Il y a deux principales maladies de la glande thyroïde, qui est située à la base du cou, sous la pomme d'Adam : soit que la glande produit trop d'hormones (hyperthyroïdie) - sans que cela développe pour autant un goitre ou une enflure de la glande -, soit qu'elle n'en produise pas assez (hypothyroïdie).

«L'hyperthyroïdie accélère les battements du cœur. Ça peut causer des palpitations, des chaleurs, de l'arythmie. Les gens âgés peuvent faire de l'insuffisance cardiaque, des infarctus. Ils peuvent perdre du poids, manger moins, avoir des problèmes d'humeur, développer des manies. Les gens ne sont vraiment pas bien», a-t-il affirmé.

Cette maladie se déclare plus souvent chez les adultes entre 20 et 40 ans, bien qu'elle puisse toucher tous les groupes d'âge. Les femmes sont beaucoup plus à risque.

«Le cas typique, c'est la femme de 25 ans qui va commencer à avoir des symptômes avec des palpitations, des chaleurs. Elle perdra du poids, sera anxieuse. Elle aura des problèmes menstruels», a indiqué le Dr Weisnagel.

Une maladie sournoise

Les personnes dont la glande thyroïde ne produit pas assez d'hormones sont encore plus nombreuses. L'hypothyroïdie affecte davantage les gens plus âgés.

«Cette maladie est sournoise. Elle peut apparaître sur plusieurs années. Il y a beaucoup de symptômes compatibles avec le vieillissement. On est plus fatigué. On prend du poids. On a moins d'énergie. On est plus anxieux. Il n'est pas rare de voir les gens attendre longtemps avant de consulter», a dit le médecin.

Ne pas attendre

Attendre trop longtemps avant de voir un médecin peut causer des torts considérables. «Ça peut affecter l'humeur. Quelqu'un peut être traité inutilement pour une dépression alors qu'il souffre d'une maladie de la glande thyroïde. Ça peut augmenter son niveau de cholestérol et le risque de problèmes cardiovasculaires», a souligné l'endocrinologue.

D'autres maladies peuvent se développer si le dépistage n'est pas fait assez tôt. «Une femme de 50 ans qui ne savait pas qu'elle avait commencé une hypothyroïdie peut prendre de 20 à 30 livres. Il sera très difficile de perdre ce surplus de poids par la suite. Elle aura plus de risque de diabète, de maladies cardiovasculaires», a affirmé le Dr Weisnagel.

De 5 à 10 % des femmes développeront une hypothyroïdie après la ménopause. «Les maladies thyroïdiennes pour une raison qu'on ne connaît pas affectent plus les femmes que les hommes. Même les cancers de la thyroïde, on voit ça un peu plus chez les femmes. Il y a possiblement une interaction avec les hormones sexuelles, mais on ne le sait pas», a avancé l'endocrinologue. Les facteurs héréditaires sont aussi très importants.

L'hyperthyroïdie peut se traiter par le repos, la prise de médicaments et l'administration d'iode radioactif. Pour l'hypothyroïdie, le médecin de famille prescrira des hormones de synthèse.

Des cancers

Dans la région de Québec, plus de 300 personnes par année sont opérées pour des nodules thyroïdiens - dont plusieurs sont confirmés cancéreux - à l'hôpital de l'Enfant-Jésus et à L'Hôtel-Dieu de Québec.

«Le cancer de la thyroïde est un des cancers où l'incidence est en train de monter le plus. Le nombre de cas qu'on découvre est en augmentation. C'est dû en partie au vieillissement de la population. Plus on vieillit, plus on est à risque. Deuxièmement, on les dépiste plus qu'avant par les tests sanguins et des examens en radiologie dont l'échographie», a dit le médecin spécialiste.

Une des façons usuelles des médecins de famille pour vérifier s'il y a une hyperthyroïdie est de palper le cou du patient pour voir s'il y a des nodules. «On va trouver des nodules chez 20 à 30 % des personnes de 60 ans et plus. C'est très fréquent. Par la suite, le défi est d'identifier les nodules à risque de développer un cancer par des techniques d'échographie, des prélèvements. Ce n'est pas toujours précis à 100 %. On opère des gens et ça peut être bénin alors que d'autres auraient dû être opérés plus tôt.»

 

source :cyberpresse.ca